"Les Disparitions d'Annaëlle Faier",

parution le 17 janvier 2013

chez "L'école des loisirs", coll. Médium.

 

Ill. de couv. par Carine Brancowitz

 

CouvSciariniLesDisparitionsAnnaelleFaierMedium

 

 

Extrait :

 

   "Je m’appelle Annaëlle Faier, j’ai quinze ans, et je suis une super-héroïne.

Oui, une super-héroïne, comme tous ces types un peu ridicules moulés dans leur combinaison en latex.

Évidemment, tout comme eux, j’ai un super-pouvoir.

Sauf que le mien est loin d’être super.

Car je suis une super-héroïne inversée.

 

Pourquoi inversée ? Parce que n’a rien de très amusant. Au contraire, ce pouvoir il me terrifie et me donne envie de disparaître.

 

Ca tombe bien, en vérité, car c’est ça mon super-pouvoir : les disparitions.

 

Non, ce n’est pas une plaisanterie.

 

(...)

 

Je m’appelle Annaëlle Faier, j’ai quinze ans, et je fais disparaître les sentiments.

Oui, les sentiments. L’amour, la joie, la confiance, la bienveillance, l’insouciance, le bonheur, c’est bien ce genre de sentiments auxquels je fais référence.

La tristesse et le désespoir, le mensonge, la haine, la colère ? Ah ça non, ce serait beaucoup moins drôle sinon, et je peux toujours me gratter dans mon stupide super-collant en lycra et espérer, en vain, un retournement de situation.

 

Je suis complètement paumée et je suis prête à croire à n’importe quoi, pourvu que l’on m’explique et que l’on me vienne en aide.

Le nombre de fois où j’ai attendu Batman et sa Batmobile pour qu’il m’emmène loin d’ici, je ne les compte pas.

Le nombre de fois où j’ai laissé des messages désespérés à Alfred, son fidèle majordome : « Où es-tu Bruce Wayne, j’ai tant besoin de toi. Ici, dans mon cœur, c’est un nouveau Gotham city, en bien plus sombre et dangereux. », je ne les compte pas.

Mille fois j’ai tapé sur la Toile ton nom mais tu n’as même pas été foutu de répondre à une seule de mes invitations Facebook, Spiderman.

Mille fois, j’ai escaladé des toits brûlants pour retrouver ta trace, Catwoman.

Mille fois, j’ai invectivé dans la rue des hommes qui te ressemblaient, je voulais qu’ils se fâchent tout vert, puis enfin se radoucissent et comprennent que si j’agissais ainsi c’est parce que je te cherchais, Hulk.

J’ai frayé jusqu’en Afghanistan ; en maillot de bain, grelottante, je t’ai attendu en vain, à Hawaï ; j’ai poussé jusqu’au Canada, épuisée et haletante, j’avais soif de tes mains guérisseuses ; Iron man, Surfer d’argent, Wolverine.

Mais vous n’existez pas.

 

 

   (...)

 

Aujourd’hui, je n’ose même plus sortir de chez moi, trop peur de faire encore du mal aux gens que j’aime. J’en ai déjà bien assez fait.

Je veux que ça s’arrête, je ne sais plus quoi faire.

Ne vous approchez pas de moi, je suis dangereuse."

 

 

© L'école des loisirs, 2012

Tous droits réservés