"Tarja", nouveau roman. À paraître le 18 août 2011 chez La Joie de Lire, coll. Encrages.


Extrait (le début du roman) :

 

Au collège[1], sans prétention, j’ai une sacrée réputation : ils disent tous que je suis une salope.

Même pas eu besoin de campagne électorale ; de sillonner les rues de Genève, des tracts pleins les bras. Très peu pour moi les poignées de mains et les sourires forcés, les discours enflammés. J’ai récolté tous les suffrages, et je n’ai même pas eu à lever le petit doigt...

De nos jours, le bouche à oreille, c’est ce qui fonctionne le mieux. Mon prénom est une marque. Ma vie ? Un buzz permanent.

Je suis si populaire que j’ai même droit à mon propre groupe sur Facebook : Si toi aussi tu penses que Tarja est une salope.

On m’a canonisée parce que je ne suis pas vierge.

 

Les murs de mon collège sont barbouillés de noms d’oiseaux :

Tarja est une pute. Mon animal de compagnie préféré est Tarja. Tarja = Salope.

Les murs de mon collège sont barbouillés de noms d’oiseaux :

Éperonnier, Kiwi, Cacatoès, Sterne royale, Colibri, Merle bleu, Fauvette.

Je les traduits dans mon langage secret, les passe au filtre de ma pensée magique. Pour pouvoir y retourner, tous les jours de ma vie, dans ce foutu collège, et tenter de marcher droit.

Pourtant, je n’ai d’oiseau que le nom, et aucune aile pour m’envoler. Mon estomac aussi est barbouillé, un aigle est en train d’y pousser : j’aimerais qu’il se déploie, arrache les crânes de mes camarades de classe, et les envoie valser. À la mort, à l’oubli.

Mais j’aurai beau me rebeller, croiser le fer, devenir nonne ou continuer à m’envoyer en l’air : je sais que ces inscriptions sur les murs de mon collège me survivront. Pour tous, je demeurerai Tarja, la pétasse de 16 ans qui, après avoir couché avec la moitié du collège, est passée à la vitesse supérieure et s’est faite sauter par son professeur de Lettres.

Sur les murs, l’amour ne se voit pas.

 


© La Joie de Lire, 2011

La Joie de Lire



 

[1] À Genève, le collège est l’équivalent du lycée français.